SOMP : le nouveau nom du SOPK, et ce qu'il change
Experte WoMA·Mis à jour le 9 septembre 2026
Trois lettres qui changent, et un mot qui disparaît : « polykystique ». Derrière ce nouveau sigle, il y a une autre façon de regarder ton corps — et de te soigner.
SOMP signifie Syndrome Ovarien Métabolique Polyendocrinien. C'est le nouveau nom du SOPK, le syndrome des ovaires polykystiques, officialisé en mai 2026 par un consensus international. Pour une patiente déjà diagnostiquée, cela ne change rien : mêmes critères de diagnostic, même suivi, aucun examen à refaire. Ce qui change, c'est le regard — le métabolisme d'abord, l'ovaire ensuite.
SOPK, SOMP : ce qui a été décidé, et quand
Depuis 1935, on appelait cette maladie « syndrome des ovaires polykystiques ». Le nom vient de deux médecins américains, Stein et Leventhal, qui décrivaient ce qu'ils voyaient : de gros ovaires remplis de petites images rondes. Ils n'avaient ni échographie moderne, ni dosage hormonal. Ils ont nommé une image, pas une maladie.
Le changement a été annoncé le 12 mai 2026, au Congrès européen d'endocrinologie à Prague, avec la publication simultanée de la conférence de consensus dans The Lancet. Le processus a duré onze ans et a consulté 22 000 personnes : chercheurs, cliniciens, sociétés savantes — et patientes. C'est assez rare pour être dit : ce sont les femmes concernées qui ont poussé ce changement, en répétant pendant des années que ce nom était faux et qu'il les stigmatisait.
Deux choses à savoir pour ne pas t'inquiéter si tu vois plusieurs orthographes :
- La transition prendra environ trois ans dans les classifications internationales et les recommandations nationales. Ton médecin peut donc continuer à écrire SOPK pendant un moment : c'est normal, et les deux termes désignent exactement la même chose.
- Tu croiseras aussi le sigle SMOP. L'Inserm, par exemple, écrit « syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP) ». Même maladie, même consensus, ordre des mots différent. Et en anglais, c'est PMOS.
Pourquoi « polykystique » n'était pas juste un mot maladroit dans SOPK
Le mot induisait en erreur sur deux points, et chacun a eu des conséquences réelles sur des vies de femmes.
Il n'y a pas de kystes. Ce qu'on voit à l'échographie, ce sont des follicules antraux : de petits sacs remplis de liquide contenant chacun un ovocyte immature, présents dans tous les ovaires du monde. Chez toi, ils sont simplement plus nombreux, et la maturation se bloque avant qu'un follicule dominant ne prenne le dessus. Rien à retirer, rien à opérer. Combien de femmes ont cru qu'on allait devoir les opérer ? C'est le mot qui l'a fait croire.
Il pointait le mauvais organe. Un nom qui désigne l'ovaire seul, c'est un médecin qui regarde l'ovaire seul. Et donc des années de bilans incomplets, une pilule prescrite par réflexe à 17 ans, et cette phrase que tu as peut-être entendue : « tu n'as rien, c'est dans ta tête ». Ce n'était pas dans ta tête. C'était dans un bilan que personne n'avait demandé.
Et ça ne concerne pas une poignée de femmes : 170 millions dans le monde portent ce diagnostic, selon l'Endocrine Society. C'est environ une femme sur dix en âge de procréer, et la première cause d'infertilité féminine. Un mot mal choisi, à cette échelle, ce sont des millions de parcours de soin orientés dans la mauvaise direction.
Le M du SOMP : le métabolique, la pièce qu'on minimisait
C'est le cœur du changement. L'insulinorésistance concerne 70 à 80 % des femmes concernées, selon le consensus international de mai 2026 — et elle est souvent silencieuse pendant des années. Pas forcément de surpoids, pas de diabète, des bilans qui paraissent normaux. Elle est là quand même.
Ce qu'elle fait, concrètement : elle amplifie la production d'androgènes par les ovaires, ce qui perturbe l'ovulation — donc les cycles, donc la fertilité. Et à long terme, elle augmente le risque de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires.
Mettre « métabolique » en tête du nom, ce n'est donc pas de la sémantique. C'est une consigne adressée aux médecins : regardez le métabolisme d'abord.
Le O et le P du SOMP : l'ovaire compte, mais il n'est pas seul
- O, ovarien. L'ovaire exprime les symptômes les plus visibles — cycles irréguliers, absence d'ovulation, excès d'androgènes. Il est bien concerné. Il n'est simplement pas la cause unique.
- P, polyendocrinien. Plusieurs glandes sont en jeu : le pancréas (insuline), les surrénales (androgènes, cortisol), l'hypothalamus et l'hypophyse (LH, FSH), et souvent la thyroïde. C'est cette interaction qui explique pourquoi deux femmes portant le même diagnostic peuvent vivre des choses très différentes.
Et c'est aussi pour ça que le dérèglement est probablement d'origine mixte, à la fois ovarienne et centrale — au niveau du cerveau. L'Inserm rappelle qu'une vingtaine de gènes de prédisposition ont été identifiés, mais qu'ils n'expliquent moins de 10 % des cas : la génétique seule ne suffit pas, et les travaux se tournent vers l'épigénétique et l'environnement in utero.
Comment se pose le diagnostic du SOMP (ex-SOPK)
Les critères n'ont pas changé avec le nom. On retient le diagnostic quand deux des trois signes suivants sont réunis :
- Des troubles du cycle — cycles longs (souvent 35 à 40 jours), rares, ou absence de règles.
- Une hyperandrogénie, clinique (pilosité importante, acné, chute de cheveux) ou biologique (testostérone élevée).
- Une morphologie ovarienne particulière à l'échographie : au moins 20 petits follicules de moins de 9 mm, ou un volume ovarien supérieur à 10 ml — sans kyste et sans follicule dominant.
Deux évolutions valent d'être connues, parce qu'elles rendent le diagnostic plus accessible :
- L'AMH peut remplacer l'échographie chez la femme adulte, depuis la révision des critères en 2023. C'est une simple prise de sang, plus reproductible qu'une image. Mais une AMH élevée seule ne pose pas le diagnostic.
- Chez l'adolescente, on ne se précipite pas. L'AMH est naturellement très élevée à cet âge et un aspect ovarien riche en follicules est normal. L'Inserm recommande d'attendre plusieurs années après les premières règles avant de confirmer un diagnostic.
Le bilan sanguin se fait en début de cycle, entre le 2e et le 5e jour. Il comprend FSH, LH, prolactine, testostérone et autres androgènes, œstradiol, TSH pour la thyroïde, et la glycémie — à jeun, et si possible après prise de glucose.
Les symptômes du SOPK/SOMP changent avec l'âge
C'est une chose qu'on te dit rarement, et qui explique bien des errances de diagnostic : les symptômes ne sont pas les mêmes à 20 et à 50 ans.
- Vers 15 ans : acné qui ne cède pas, pilosité, règles chaotiques — souvent mises sur le compte de l'adolescence.
- Vers 25-30 ans : c'est fréquemment la difficulté à concevoir qui amène au diagnostic.
- Vers 45 ans : les signes hormonaux cèdent du terrain aux troubles de la glycémie.
- Vers 55 ans : ce sont les risques cardiovasculaires et le diabète de type 2 qui dominent.
Autrement dit, le SOMP ne s'arrête pas quand le projet bébé s'arrête. C'est un suivi de long terme, et c'est précisément ce que le nouveau nom veut faire comprendre.
Le bilan à demander si tu portes l'étiquette SOPK depuis des années
Rien à refaire dans l'urgence : ton diagnostic reste valable, tes examens aussi. Mais si personne ne t'a jamais fait de bilan métabolique complet, c'est la conversation à avoir à ton prochain rendez-vous. Ce que ça couvre :
- la glycémie à jeun, et l'exploration de l'insulinorésistance
- un bilan lipidique
- la fonction thyroïdienne, fréquemment associée
- et selon ton profil, la tension et le poids replacés dans le suivi, pas jugés
C'est exactement ce que le passage de SOPK à SOMP invite à faire : regarder le terrain avant de prescrire une pilule par réflexe.
SOPK, SOMP et fertilité : ce que ça change vraiment
C'est probablement ce qui t'amène ici, alors disons-le nettement : le SOMP n'est pas une condamnation à la FIV. Les troubles de l'ovulation entraînent une infertilité chez environ la moitié des femmes concernées — ce qui veut dire que l'autre moitié conçoit sans aide. Et parmi celles qui rencontrent des difficultés, beaucoup démarrent une grossesse spontanément, même avec des cycles irréguliers. C'est d'ailleurs pour ça qu'une contraception reste nécessaire quand il n'y a pas de désir d'enfant : « je n'ovule pas régulièrement » ne veut pas dire « je n'ovule jamais ».
Quand un accompagnement devient nécessaire, la prise en charge est graduée : équilibrage du terrain métabolique d'abord, stimulation de l'ovulation ensuite, et l'AMP seulement si ça ne suffit pas.
Et si tu envisages une préservation de fertilité, ton profil change les protocoles. Un terrain SOMP signifie souvent beaucoup de follicules, une AMH élevée, et donc un risque d'hyperstimulation à anticiper : les doses et le type de protocole ne se décident pas au standard. C'est un sujet en soi, et on l'a détaillé ici — ce que le SOPK change à une congélation d'ovocytes, du bilan préalable au déroulé de la stimulation.
Ce que le SOMP n'est pas
- Ce n'est pas une nouvelle maladie. Aucune nouvelle catégorie, aucun nouveau diagnostic : le même syndrome, mieux nommé.
- Ce n'est pas une raison de refaire tous tes examens. Ton dossier reste valable.
- Ce n'est pas un problème d'ovaires « malades ». C'est un terrain hormonal et métabolique, mesurable, sur lequel on peut agir.
- Ce n'est pas dans ta tête. Ça n'y a jamais été.
Chez WoMA, on pense que le nom qu'on donne à ta santé compte autant que les soins qu'on te propose. Que tu portes encore l'étiquette SOPK ou déjà celle de SOMP, la question à te poser reste la même : as-tu eu un vrai bilan métabolique ? Si la réponse est non, c'est le premier pas — avant même de penser fertilité ou PMA.
Sources
- Teede H. et al., Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome (PMOS) replaces PCOS: a multistep global consensus process, The Lancet, mai 2026 — la conférence de consensus, publiée le jour de l'annonce au Congrès européen d'endocrinologie de Prague. C'est la source du chiffre de 70 à 80 % d'insulinorésistance et de la période de transition de trois ans.
- Endocrine Society (2026), Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome: New name to improve diagnosis and care of condition affecting 170 million women worldwide.
- Inserm, dossier Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) / Syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP), mis à jour le 2 juin 2026 — prévalence, critères diagnostiques, évolution des symptômes au cours de la vie, prise en charge.
- ESHRE / ASRM, International Evidence-based Guideline for the Assessment and Management of Polycystic Ovary Syndrome, 2023 — révision des critères et place de l'AMH chez la femme adulte.
- Stein I.F., Leventhal M.L., Amenorrhea associated with bilateral polycystic ovaries, American Journal of Obstetrics and Gynecology, 1935 — la description d'origine.